ALIMENTATION EN EAU POTABLE

La conception et l'exploitation des conduites d'adduction, des réservoirs de stockage et des réseaux de distribution d'eau potable

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19 - L'approvisionnement en eau potable au Luxembourg

Nota : les articles du site www.eauxpotables.com sont rattachés à la législation luxembourgeoise et tracent les grandes lignes de l'approche luxembourgeoise en matière d'alimentation en eau potable.

Le Grand-Duché de Luxembourg dispose d'un réseau public de distribution d’eau potable d'une longueur estimative de 4.900 km (10 m/hab - chiffre en décroissance avec l'urbanisation croissante de l'habitat, 1,9 km/km2, 400 réservoirs, dont 50 sur tour, données 2010), auquel sont raccordés 180.000 preneurs d'eau privés et industriels. Quelques centaines de maisons isolées n'ont toutefois pas accès à l'eau potable et sont approvisionnées à partir de sources ou de puits privés qui ne sont pas soumis au contrôle sanitaire obligatoire.

L'approvisionnement en eau potable relève de la responsabilité exclusive des communes (carte) : 23 communes sont autonomes, c'est-à-dire alimentées par des ressources locales, 30 communes sont semi-autonomes, c'est-à-dire alimentées tant par des ressources locales que par des syndicats intercommunaux, et 63 communes ne disposent d'aucune ressource locale. Ces dernières sont approvisionnées soit par des communes voisines soit par un syndicat intercommunal (DEA, SEC, SES, SESE, SIDERE). On notera au passage que dans les communes dites semi-autonomes, les eaux délivrées aux consommateurs accusent une composition et notamment une dureté qui varie sensiblement dans le temps (carte), empêchant par conséquent le bon réglage des installations de traitement domestique de l'eau potable.

La consommation en eau potable distribuée par le réseau public avoisine actuellement 49.000.000 m3 par an (estimation 2016 extrapolée sur base des données fournies pour la période 2003-2010), dont 28.000.000 m3 sont captés dans les nappes phréatiques (sources et forages) et 21.000.000 m3 prélevés du lac d’Esch-sur-Sûre (station de traitement des eaux de surface du syndicat suprarégional SEBES). Il faut néanmoins souligner que ces chiffres ne représentent que des moyennes très générales, par rapport auxquelles on observe de larges variations saisonnières dépendant notamment des conditions climatologiques.

Les 49.000.000 m3/an distribuées par le réseau public correspondent à une consommation unitaire de l'ordre de 235 litres par habitant par jour (valeur globale comprenant les besoins privés de la population résidente de même que ceux des services publics, des secteurs économiques et des travailleurs frontaliers lors de leur séjour au Luxembourg), dont environ 140 litres par habitant par jour pour la seule consommation des ménages privés (50 m3 par personne par an pour les ménages). Parallèlement, l’industrie agro-alimentaire prélève directement 4.000.000 m3 d’eau souterraine de qualité potable. Quelques 290 sources et 60 forages (carte) sont actuellement exploités à des fins d’eau potable par les fournisseurs d’eau publics (270/40) et par l’industrie (20/20). Bon nombre de prélèvements privés (sources et puits de faible profondeur) échappent cependant à la surveillance des autorités publiques. Le captage du déversement des sources et le prélèvement dans les nappes souterraines correspondent grosso modo à 43% du rechargement annuel des aquifères sollicités.

En général, on remarque que la consommation d’eau du secteur industriel diminue, mais qu’en revanche, la consommation totale augmente, un phénomène dû à une forte croissance démographique (1,80% par an entre 2001 et 2016) de la population résidente (580.000 habitants, 2016) et de l’augmentation constante de travailleurs frontaliers (175.000 frontaliers, 2016). A moyen terme, la capacité maximale de production d'eau potable des infrastructures publiques répondra aux besoins des consommateurs. De même, les disponibilités de l’eau brute du lac d’Esch/Sûre sont largement suffisantes pour couvrir les demandes en eau potable à long terme du Luxembourg. En effet, la prochaine augmentation de la capacité de traitement du SEBES permettra de satisfaire les demandes supplémentaires en eau potable formulées par l’accroissement de la population estimée entre 560.000 (« Pendlerszenario », scénario considérant que l’actuelle augmentation du nombre de frontaliers perdure, estimation déjà dépassée en 2016 !) et 605.000 habitants (« Einwohnerszenario », objectif volontariste destiné à freiner la croissance des frontaliers, estimation prévisionnellement dépassée en 2019) à l’horizon 2024 (la demande totale en eau du pays est estimée entre 130.000 et 140.000 m3/jour en moyenne et entre 185.000 et 195.000 m3/jour en pointe), à condition que la création des zones de protection apporte les améliorations escomptées de la qualité des eaux souterraines.

En revanche, dans le cas d’une vidange complète du lac pour des raisons d’entretien ou dans le cas d'une pollution grave des eaux du lac, les preneurs d’eau du SEBES seraient amenés à restreindre le service de distribution. En effet, le réseau de transport suprarégional dépend de facto d’un pilier unique : en raison de l’augmentation de la demande en eau potable, les forages de secours aménagés à cet effet ne sont plus à même à remplacer la production de la station de traitement d’Esch/Sûre et doivent toujours davantage être mis à profit pendant les pointes de consommations estivales. Il est évident que pour assurer la fiabilité et la sécurité du service de distribution d’eau potable, il s’agira de valoriser de nouvelles ressources (souterraines et superficielles) pouvant se substituer aux ressources en exploitation en cas de défaillance majeure. A moyen terme, une solution de rechange d’une grande envergure devra être mise en place.

Il faut également savoir que la recharge des nappes phréatiques est fortement influencée par des facteurs environnementaux : les changements environnementaux observés (le changement climatique entre autres, mais également la modification de l’occupation du sol et la dégradation de ce dernier) auront probablement des répercussions sur ce processus et par conséquent sur la disponibilité future en eau souterraine au Luxembourg. En particulier, le réchauffement climatique entraînera forcément une augmentation du taux d’évapotranspiration (évaporation directe due à l’augmentation de la température du sol, transpiration des plantes pendant une période de croissance végétative plus étendue). De surcroît, les modèles climatiques établis pour nos régions annoncent une tendance aux pluies subites et abondantes et de courte durée, favorisant l’écoulement de surface. Ces phénomènes se traduisent vraisemblablement (les cours d’eau contribuent également à la recharge des nappes) par une diminution du potentiel de recharge des nappes profondes et expliquent l'abaissement des nappes constaté depuis une dizaine d'années.

Parallèlement, la majorité des eaux captées dans les eaux souterraines se caractérisent par une dégradation de la qualité microbiologique et/ou physico-chimique et ne pourront, pour certaines du moins, éventuellement plus être valorisées pour l’alimentation en eau potable. La création des zones de protection des sources d’approvisionnement est une priorité absolue pour assurer la durabilité et la sécurité de l’approvisionnement en eau de bonne qualité. Une amélioration de la qualité des eaux souterraines n’est pas atteinte avant plusieurs années (10 à 15 ans pour certains paramètres) après la mise en place de mesures de protection efficaces. Une nécessité d’action rapide impliquant la volonté de collaboration du secteur agricole est indispensable afin d’obtenir l’amélioration escomptée de la qualité de l’eau.

De ces points de vue, les capacités exploitables identifiées par la modélisation du Grès de Luxembourg deviennent incertaines pour le long terme. De même, toute exploitation excessive de ces ressources conduirait à l’abaissement critique des nappes phréatiques, à la dégradation du milieu naturel et à la disparition des réserves naturelles de secours pour les générations suivantes. Une politique d’exploitation coordonnée s’impose dès lors.

En vue de garantir la durabilité et la sécurité du service de distribution, il serait préférable de recourir à l’avenir de façon prioritaire aux eaux filtrées aux abords des fleuves (et notamment aux eaux alluviales de la vallée de la Moselle) ainsi qu'aux nappes souterraines majoritairement rechargées par les cours d’eau et dont le potentiel de recharge est certainement assuré à long terme. Les capacités non exploitées restantes seraient préservées pour l’approvisionnement de secours de la population luxembourgeoise en cas de défaillance d’une ressource majeure. Au niveau local, il convient d’examiner la revalorisation des sources non exploitées dans le cadre de l’élaboration des projets de création des zones de protection (tout en tenant compte des aspects écologiques et technico-économiques).

APPENDICE

Valeurs guides par jour et par unité consommatrice permettant d’évaluer approximativement les besoins en eau potable de différentes zones de consommation spécifique :

  • Demande globale en eau potable par tête d'habitant et par jour, comprenant les besoins des services publics et ceux des différents secteurs économiques hors industrieGrossverbraucher » ) :
    • qd_=_200_l/jourhabitant
    • qdmax_=_350_l/jourhabitant
  • Zone d'habitation :
    • zone à caractère urbain ou à forte densité de construction (> 150 hab/ha) : qd_=_140_l/jourhabitant
    • zone à caractère rural ou à faible densité de construction (< 150 hab/ha) : qd_=_180_l/jourhabitant
    • densité résidentielle moyenne : 2,50 habitants par ménage, 40 m2 de surface habitable par habitant
    • nouveau lotissement : 3,00 habitants par ménage
  • Zone mixte avec habitat urbain et petit commerce :
    • qd_=_140_l/jourhabitant_+_50_l/jouremployé
  • Zone tertiaire avec immeubles bancaires, administratifs et commerciaux :
    • qd_=_75-100_l/jouremployé
  • Zone multifonctionnelle de l’habitat, du commerce, des administrations, de l’enseignement et des loisirs (à l’instar du Plateau de Kirchberg et des Friches industrielles d'Esch/Belval) :
    • surface brute de la zone, espaces publics compris : qd_=_18_m3/jourhabrute
    • surface nette de la zone, hors espaces publics : qd_=_25_m3/jourhanette
  • Zone d’activité :
    • surface nette de la zone, hors espaces publics : qd_=_16_m3/jourhanette

De nouveau, il faut souligner que ces chiffres ne représentent que des moyennes très générales, ou même plutôt des maxima journaliers, par rapport auxquelles on observe de larges variations d’une part selon les saisons (le changement des conditions climatologiques et l'afflux d'une population saisonnière peuvent conduire à une importante augmentation de la demande en eau) et d’autre part selon les journées de la semaine (notamment pour les secteurs économiques).

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Posté par Philippe Colbach