ALIMENTATION EN EAU POTABLE

La conception et l'exploitation des conduites d'adduction, des réservoirs de stockage et des réseaux de distribution d'eau potable

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18 - Equilibre calco-carbonique et traitement domestique de l'eau du robinet

Nota : les articles du site www.eauxpotables.com sont rattachés à la législation luxembourgeoise et tracent les grandes lignes de l'approche luxembourgeoise en matière d'alimentation en eau potable.

1. Mélange d’eaux de composition chimique et physique différente

Dans les communes alimentées tant par des sources locales que par des syndicats intercommunaux (carte), les eaux délivrées aux consommateurs accusent une composition et notamment une dureté qui varie sensiblement dans le temps. En effet, les fournisseurs « semi-autonomes » ont souvent tendance, et ce pour des raisons économiques tout à fait compréhensibles, à privilégier leurs propres ressources et à recourir aux eaux d'appoint fournies et vendues par le syndicat uniquement pendant les périodes où la consommation d'eau potable dépasse le déversement des sources (aux heures de pointes journalières de même qu'en période estivale, entraînant soit une variation journalière soit une variation saisonnière de la composition chimique et physique de l'eau).

La dureté de l’eau résulte de son contact avec les formations rocheuses lors de son passage dans le sous-sol. Elle varie donc en fonction de la nature de celui-ci et de la région d’où provient l’eau. Trois-quarts des ressources souterraines en eau potable ont leur origine dans le grès de Luxembourg (carte) qui fournit une eau d'une dureté de 22 à 30°fr. En revanche, l'eau produite par la station de traitement d'Esch-sur-Sûre (SEBES) et délivrée, après mélange avec les ressources locales, à 80% de la population luxembourgeoise, accuse une dureté de 7 à 9°fr. La qualité finale livrée aux consommateurs dépend bien évidemment du mode de fonctionnement des réseaux de distribution locaux. La composition de l'eau peut même changer d'une localité à l'autre à l'intérieur d'une même commune. Pour connaître la composition chimique et physique des eaux délivrées dans un secteur spécifique, il faut s'adresser aux services techniques compétents.

Une trop forte variation de la composition de l’eau distribuée aux consommateurs empêche le bon réglage des installations (privées et industrielles) de traitement de l'eau potable de même que des appareils électroménagers (lave-vaisselle, lave-linge). De ce fait, il est fortement déconseillé de livrer une eau dont les variations de la composition se situent en dehors des marges préconisées par la directive allemande DVGW W216 « Versorgung mit unterschiedlichen Wässern ».

Par ailleurs, il y a lieu de vérifier si par mélange d’eaux on ne génère une eau agressive entraînant la dissolution des couches protectrices composées en partie de carbonate de calcium et, donc, la corrosion des tuyaux métalliques. Il convient de distribuer une eau légèrement sursaturée en carbonate de calcium pour favoriser la formation de ce dépôt protecteur. De même, une eau agressive a tendance à dissoudre le carbonate de calcium des structures en béton. La dissolution de la chaux du liant entraîne une élévation de la porosité du béton en surface (d'un réservoir de stockage par exemple) et risque d'endommager durablement l'ouvrage.

Le tableur qui suit permet de déterminer le pH d’équilibre d’un mélange d’eaux de composition chimique et physique différente alimentant une même zone de distribution et d’en déduire de façon indicative si le mélange obtenu présente une tendance entartrante ou corrosive (indice de saturation Langelier, indice de stabilité Ryznar, indice de corrosivité Larson) [01/09/11 formule annotée] :

2. Traitement domestique de l'eau du robinet

Dans ce contexte, il convient de noter que l’eau chaude du robinet ne requiert aucun traitement spécifique jusqu’à une dureté de 25°f (eaux classées douces à moyennement dures). En réglant la chaudière à 55°C pour le circuit d'eau chaude (60°C au maximum et 50°C au minimum pour éviter la prolifération microbienne), le consommateur évite que l’eau chaude ne devienne entartrante. En effet, le facteur température joue un rôle majeur dans la formation des dépôts et la vitesse de précipitation du calcaire sur les surfaces chaudes (parois des chaudières et des canalisations) ne commence à augmenter sensiblement qu'à partir de 60°C. Si au-delà de 25°f l'entartrage des équipements domestiques est peu important, l'adoucisseur n'est d'aucune utilité et n'engage que des dépenses inutiles ; outre l'acquisition de l'appareil lui-même qui occasionne des frais déjà importants, son fonctionnement engendre des coûts non négligeables pour les fournitures consommables et l'inéluctable contrat d'entretien.

L'eau présente également une tendance entartrante au niveau de la mise à l'air. La formation de dépôts calcaires sur les filtres des robinets d'eau chaude de même que d'eau froide n'est donc pas synonyme d'entartrage des installations intérieures. Il suffit de les démonter et de les tremper une nuit complète dans du vinaigre d'alcool pour enlever la croûte calcaire.

En règle générale, il est vivement déconseillé de brancher l'appareil sur le système d'eau froide. Tel est particulièrement le cas pour les robinets fournissant l'eau de boisson qui ne doivent en aucun cas pas être connecté à l'adoucisseur. L’eau adoucie, enrichie en sodium, n’est pas indiquée pour les personnes qui suivent un régime pauvre en sel, ni pour la préparation des aliments pour bébés. A part quelques rares exceptions, le traitement de l'eau froide (pour des raisons de facilité d'installation en début de l'installation privée) est inutile et ne crée que des dépenses injustifiées.

L'expérience montre par ailleurs que le dysfonctionnement d'un dispositif de traitement domestique peut provoquer plus de dégâts à l'installation intérieure qu'une eau non traitée. En effet, maintes réclamations de consommateurs se plaignant d'une eau de ville rougeâtre trouvent leurs origines dans la détérioration de la couche protectrice de zinc des tuyaux galvanisés. Ce processus de corrosion, difficilement réversible, est déclenché par un mauvais réglage des adoucisseurs domestiques amplifiant les propriétés corrosives de l'eau adoucie vis-à-vis des métaux utilisés dans l’installation intérieure et la robinetterie et empêchant la formation d’une fine pellicule de calcaire qui protègerait les conduites métalliques contre des agressions corrosives. Ainsi la réglementation recommande une dureté résiduelle de 15°f pour toute eau destinée à la consommation humaine et ayant subi un traitement d'adoucissement. A cet effet, les appareils sont munis d'un by-pass permettant de mélanger de l'eau non adoucie à l'eau traitée. Rappelons que les variations journalières et/ou saisonnières de la composition chimique et physiques de l'eau distribuée empêchent dans bien des cas le bon réglage des adoucisseurs.

Notons au passage que beaucoup de cas de corrosion, et surtout de canalisations galvanisées, sont également dus à une température trop élevée du circuit d'eau chaude c-à-d, dépassant les 65°C. En tout cas, l'utilisation de l'acier galvanisé pour les installations de distribution d'eau potable est fortement déconseillée (risque élevé de corrosion perforante et traces de plomb à hauteur de 1% de l'alliage, plage d'utilisation pH > 7,3).

De même, il faut veiller à respecter scrupuleusement les instructions d'entretien au risque de dégrader la qualité sanitaire de l'eau adoucie. Les installations domestiques de traitement mal entretenues sont fréquemment le siège d'une prolifération explosive de germes dans le circuit interne. Un goût et une odeur désagréables peuvent alors apparaître dans l’eau du robinet. Notons dans ce contexte qu'il faut éviter de placer l'appareil dans une pièce chauffée (comme par exemple dans la chaufferie). En effet, une température ambiante relativement élevée entraîne le réchauffement de l'eau circulant dans l'adoucisseur et favorise le développement de germes. Dans ce même contexte, il convient également de signaler que les adoucisseurs privés ne doivent pas pouvoir altérer la qualité des eaux du réseau de distribution publique. Tout appareil est à équiper pour le moins d'un clapet de non retour type EA EN 1717 régulièrement entretenu.

Il est évident que l'installateur, en tant que homme de l'art, est coresponsable des dégâts éventuels causés par un appareil de traitement installé par ses soins. On ne peut que stigmatiser la vente agressive sous couvert de faux arguments de ces appareils qui est l’apanage de quelques sociétés plus scrupuleuses de leurs bénéfices que de l’utilité réelle des adoucisseurs. Avant toute chose, le consommateur est bien conseillé de se renseigner auprès de l'opérateur local sur la dureté de l'eau du robinet et sur l'utilité de son traitement.

Finalement, il faut se rendre à l'évidence que les adoucisseurs sont des équipements polluants. Le sel nécessaire à leur fonctionnement est en effet évacué vers les rivières via les stations d'épuration qui ne sont pas conçues pour traiter cet élément. Ces rejets peuvent porter atteinte à la vie aquatique et au bon fonctionnement des stations d'épuration.

Dans la grande majorité des cas, l'Administration de la gestion de l'eau déconseille tout simplement de traiter l'eau du robinet.

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Posté par Philippe Colbach